... la visite continue  posté le jeudi 25 juin 2009 15:24



pour ma tranquillité d’esprit,
ma santé mentale et mon bien-être

BLOG  GARANTI  SANS  OGM  NI  ÉTOILES

pendant mon absence, la visite continue ...

pour le concours de musique à paroler
nous recevrons les textes du 15 août au 15 septembre :
  

pour ceux qui veulent recevoir le "ebook"
le mien ( Série Noire ) est paru
celui de Marino ( Les Vagues de mes Mots ) 
est en préparation
pour avoir les renseignements :


je prépare un petit forum : " Les Recettes du Panier "
qui ouvrira ses portes en août
la présentation se fera dans la rubrique " miam miam "

pour septembre ou octobre, je prévois une nouvelle série, sur le thème de la séparation : " Décollage immédiat "

et pour vous faire patienter, je vous mets la maquette d'une chanson à la recherche d'interprètes

à pas très vite
Bernard
 


   

DANS LA CITÉ AUX MILLE REGARDS

Je vis dans la cité
Aux mille regards

De tous ces yeux de braise
Qui s’époumonent

Je vis dans le secret
Des soirs blafards

Débordant des fadaises
Qui m’environnent

Il y a d’abord
Des regards qui me croisent
Me décroisent
Des regards qui m’enlacent
Me délacent
Des regards qui me poussent
M’éclaboussent
Des regards qui me cousent
Me ventousent

Je vis dans la cité
Aux mille regards

De tous ces yeux tendus
Sur les fenêtres

Je vis accompagnée
D’un peu d’espoir

Dans la jungle perdue
Qui me pénètre

Il y a aussi
Des regards qui m’entaillent
Me détaillent
Des regards qui m’emballent
Me déballent
Regards qui m’étincellent
M’ensorcellent
Des regards qui m’éveillent
M’ensoleillent

Je vis dans la cité
Aux mille regards
Et je suis transpercée
Par mille regards

Je vis dans la cité
Aux mille regards
Et je suis abordée
Par mille histoires

musique Jean-Marie DJIBEDJIAN

paroles Bernard PICHARDIE

chanson déposée à la SACEM

merci à Isabelle SIENA pour avoir posé sa voix sur la maquette

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CLIMAT SOCIAL  (textes à musiquer) posté le jeudi 25 juin 2009 08:08


voici venu le temps des vacances ... pour ceux qui peuvent se le permettre
ce sont toujours les mêmes qui en ont plein les poches, profitant de leurs appétits de rapaces pour aller aux Canaris
et toujours les mêmes qui passent leurs congés devant une gare de triage à regarder passer les trains ou devant les murs de l'usine désaffectée
 
j'ai la chance de ne pas faire partie de ces 2 catégories ...
j'ai commencé ma carrière à une époque où le chômage était aussi épais qu'une brindille tombée d'un toit de chaume ...
... il y aura très certainement des pavés à ressortir des placards si les injustices sociales continuent

je vous souhaite de bonnes vacances en vrai ou dans la tête ...
Bernard


un texte à la recherche d’une musique

CLIMAT SOCIAL

Le climat social

Provoque un effet de serre

 

Serre-moi la main

 

Y a des patrons

Qui jouent les bons

Mais par derrière

Mais dans le dos

Ils nous enserrent

Entre leurs crocs

 

Le climat social

Provoque un effet de serre

 

Serre-moi la main

 

Y a des patrons

Qui sont marrons

Et qui nous prennent

Pour de gros glands

Qui nous enchaînent

Entre leurs gants

 

Le climat social

Provoque un effet de serre

 

Serre-moi la main

Y a des patrons

Qui sont poltrons

Ils ont très peur

Qu’on les assiège

Ont des douleurs

Sur bain de siège

 

Mais grâce à la potion

Du derrière H

Ils tirent sans sommation

Comme des lâches

 

( pont musical )

 

Le climat social

Provoque un effet de serre

 

Serre-moi la main

 

Y a des patrons

Qui font les cons

Sur leur échelle

Dans leur frigo…

 

On se fait la belle

Loin de leurs bureaux

Bernard PICHARDIE

texte déposé

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STATION APOCALYPSE  (les liens) posté le mercredi 24 juin 2009 08:26

il y a quelques semaines, j’ai découvert un article où ART-MÛR proposait d’écrire sur une musique :
http://artmur.musicblog.fr/1065942/Etrange-histoire
je lui ai envoyé un texte mais celui-ci ne lui convenait pas pour sa musique ( j’attends avec impatience de lire le texte choisi )

par contre, il était très intéressé pour mettre une musique sur mes mots

le résultat est à écouter sur l’article suivant :
http://artmur.musicblog.fr/1092531/STATION-APOCALYPSE


merci beaucoup pour cette superbe musique

STATION APOCALYPSE

Voici venir La fin du jour

Sur des soupirs Des regards lourds

Les voyageurs Sont immobiles

Ils rêvent en chœur De l’inutile

 

Dans un wagon Les yeux cernés

Vers un frisson Se sont tournés

Sur une banquette Poupée cassée

Une fillette Se met à pleurer


Une étrange histoire venue de nulle part

Vient me percuter du fond de ma mémoire

Voici venir L’heure de la mort

Tous les désirs Visitent les corps

Les voyageurs Quittent leur stress

Dans le bonheur D’ultimes caresses

 

Dans un wagon C’est l’hystérie

Dernier rebond De la survie

Sur une banquette Ronronne un chat

La rame est prête Pour l’au-delà


Une étrange histoire venue de nulle part

Vient me percuter du fond de ma mémoire

Voici venir La fin du jour
Sur des soupirs Des regards lourds

Les voyageurs Sont immobiles

Ils rêvent en chœur De l’inutile


Voici venir L’heure de la mort

Tous les désirs Visitent les corps

Les voyageurs Quittent leur stress

Dans le bonheur D’ultimes caresses

Une étrange histoire venue de nulle part

Vient me percuter du fond de ma mémoire

Dernier métro Apocalypse
Il fait trop chaud Après l’éclipse

Tous les terriens Se jettent à terre

Main dans la main chair contre chair


Dans le sous-sol Des survivants
Pour un envol Vers le néant

Un tourbillon Un maëlstrom
Un dernier bond Et tu les gommes

Une étrange histoire venue de nulle part

Vient me percuter du fond de ma mémoire

musique  
ART-MÛR

paroles   Bernard PICHARDIE

chanson déclarée à la SACEM

 

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suite à des commentaires ...  posté le lundi 22 juin 2009 07:58

suite aux commentaires mis sur mes nouvelles
et en particulier " La dernière tâche " 
http://chantsongs.musique.com/217620/LA-DERNIERE-TACHE
et " Un verre de trop "
http://chantsongs.musique.com/393115/UN-VERRE-DE-TROP

merci pour vos commentaires

pour mes textes de chanson, c’est très souvent une vingtaine de minutes ( puis quelques jours … ou plusieurs mois pour changer ces 2 ou 3 mots qui ne vont pas )

pour une nouvelle, c’est très différent
la plupart du temps, je n’arrive pas à déposer plus de 3 ou 4 lignes par jour …
et j’y reviens sans cesse
quand je m’éloigne de chez moi pour me mettre au vers ( euh, pardon, au vert ! ! ! ), j’ai toujours mes petits carnets
je reprends mes 5 ou 6 nouvelles inachevées, dont certaines sont en jachère depuis quelques années, en zappant de l’une à l’autre

alors quand on me demande pourquoi je n’écris pas un roman … je réponds que je n’en suis pas capable … je serai mort avant la fin !   


pour ma toute première, ce fut le développement d’une de mes chansons « La petite annonce faite à Marie-Thérèse » … pour m’amuser, je l’ai déposée au concours  des Ecrivains en Provence à Fuveau
j’ai eu le premier prix et c’est à cette occasion que j’ai rencontré des nouvellistes qui m’ont expliqué comment on écrit une nouvelle !
petite anecdote … j’ai eu un bon pour un voyage en avion … j’ai laissé passé la date ( je plane tellement !  )

 

j’ai eu aussi des réactions très positives suite à la lecture de mon premier recueil que je ne propose à la vente qu’en le donnant en mains propres … c’est de l’artisanat !
je continue à écrire des nouvelles au rythme d’une ou 2 par an avec une certaine « souffrance » mais après tout

… il faut savoir souffrir pour qu’elles soient belles ! ! !

Bernard

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UN VERRE DE TROP  (nouvelles) posté le vendredi 19 juin 2009 18:34

j'ai beaucoup écrit de textes suite à des confidences
cette nouvelle fait partie de ces textes
Christine A. est l'infirmière de ce récit
Félicie n'existe que dans mon imagination
le serveur du café est réel mais j'ai bien évidemment "brodé" ...


UN VERRE DE TROP

 

à Christine A.

Elle

 

                 Elle rentre doucement, en tremblant légèrement.

Des regards se déposent puis se détournent.

Des gestes s’effacent.

Un silence pesant remplit la salle.

 

Une table vient juste de se libérer.

Elle s’y approche, s’y accroche.

Le garçon se précipite.

«    Madame … Vous désirez ?

-     Un chocolat chaud s’il vous plait.

-     De suite … »

 

Elle met ses béquilles à côté d’elle.

 

* * * * * * *

 

Eux

 

                 Petit à petit, les conversations reprennent.

La salle s’encombre à nouveau de fadaises grivoises et de souvenirs grisâtres.

À la table 2, quatre vieux, sombres et sans âge font et défont le monde … Ce monde qui se fout bien d’eux.

La grande majorité des tables est envahie par de solides gaillards, la plupart sont des chauffeurs routiers, la cinquantaine bedonnante et couperosée.

La table de ce lieu est renommée, certains ont fait un détour pour profiter du restaurant où l’on peut manger pour pas cher des repas qui tiennent au corps.

Les murmures de la table 5 sont couverts par les rires obscènes et tonitruants de la 8.
La table 8 ! … Des habitués qui sont à leur aise et débordent largement par leurs commentaires au ras des pâquerettes. Ils ont ces regards de connivence avec des envies de lancer des propos blessants, mais face à la nouvelle cliente dont la vision les transperce, ils n’osent pas aller plus loin comme ils le font parfois dans d’autres occasions.
Aujourd’hui, ce n’est pas pareil … Non … quelque chose de très différent qui les déconcerte.  

 

Le gérant et le serveur du « routier » mettent la pression en appuyant frénétiquement sur les leviers chromés, étincelants et rigides. La mousse s’échappe puis laisse la place à la boisson maltée dont la couleur dorée se reflète sur le formica du comptoir, balafré de lézardes laissant entrevoir le bois stratifié.

Sur une étagère placée près de la porte d’entrée, le ventilateur fait ce qu’il peut en grinçant des pâles juste à côté d’un téléviseur vibrant chaque fois qu’un poids lourd passe sur la départementale.

 

* * * * * * *

 

Elle, 18 mois plus tôt

 

                 Les regards de détresse et de cafard qui l’enlacent pendant ses journées de service à l’hôpital lui laissent un goût amer. Pour vaincre les relents de frissons des patients qui déraillent et de ces vies qui se taillent dans la souffrance et le désespoir, elle fredonne des ritournelles et se colle sous le front des paillettes.

Elle pense à ces pays à découvrir, ces régions où le soleil brille et chauffe la peau, ces territoires où les bienfaits de l’eau limpide des cascades calment le corps. Elle imagine une virée dans la frénésie de rythmes endiablés, ponctués par les mélodies tribales et tripales de chants indigènes. En secret, elle se crée des échappées le long des boutiques dont les étals offrent aux chalands des symphonies de couleurs, de senteurs. Elle s’évade vers les auberges où les plats rayonnent de mille douceurs épicées …

Elle pense aussi à sa prochaine mutation dans la région d’Annecy, elle espère un travail plus intéressant dans un service psychiatrique.

Son portable sonne.

 

… Elle sort de son rêve de voyages pour prendre sa trousse. Encore une urgence. Un début de phlébite … C’est la campagne, le village se situe à un quart d’heure en voiture. Cette route de Corrèze est dangereuse, bien souvent sillonnée de véhicules et certains conducteurs la prennent pour une piste de rallye.

Une pluie fine commence à tomber, elle met ses essuie-glaces ; le chuintement de leur frottement sur le pare-brise est brutalement submergé par le bruit assourdissant du froissement de la tôle.

 

* * * * * * *

 

Félicie

 

              La table 7 se trouve un peu à l’écart des autres, une seule chaise, pour une dame d’un âge incertain.

Depuis une quinzaine de mois, tous les jours à 12h 30 précises, elle ouvre la porte et se dirige de son pas trottinant vers cette place réservée où elle s’installe et y reste vissée jusqu’à 13h 30.                                                                                                                  .   Une gentiane en guise d’apéritif, puis le menu du jour accompagné d’un verre de rouge et une tisane à la verveine pour terminer … Elle prend son temps sans se soucier du remue-ménage environnant, mâchouillant ses rancoeurs et ses rancunes.                        .
À la fin du repas, elle lève les yeux de son assiette … Quelques aigreurs mijotent derrière son front où les souvenirs s’effacent, s’espacent, s’enlacent, s’entassent. La tasse se soulève, portée par ses doigts arides et rencontre ses lèvres. Elle est déjà ailleurs …
Le patron et tous ceux qui viennent régulièrement ne connaissent rien d’elle, elle est discrète et ne s’est jamais livrée, pas de confidence, pas un seul mot sur son vécu …
Ne sachant même pas son nom ni son prénom, ils la surnomment « Félicie », peut-être parce qu’elle fait penser à la maman de San-Antonio, le célèbre commissaire de Frédéric Dard.

 

* * * * * * *

 

Elle, 18 mois plus tôt, une heure plus tard

 

                 Le bruit assourdissant du froissement de la tôle commence à s’estomper. Elle s’est réfugiée dans le coma, mais avec la volonté farouche de survivre. Après l’arrivée des secours, le transport à l’hôpital des conducteurs et passagers des 3 voitures et du camion, les premiers soins intensifs, elle va et vient entre deux zones, entre la vie et la mort. Elle ne sait pas qu’elle est la seule encore en vie, les occupants des deux autres véhicules percutés sont décédés sur le coup. Le chauffeur du poids lourd n’a physiquement, rien de grave, mais très choqué, il est mis en observation. La prise de sang révèle un taux d’alcoolémie très important

 

Le silence de la pièce est strié par les sonorités feutrées de la machinerie médicale.

Elle pense à son mari toujours absent, à ses deux enfants qui grandissent trop vite. Elle pense, mais est-ce bien elle ? Son moi est en apnée, son second moi la seconde et les secondes s’écoulent sans qu’elle puisse refaire surface. L’enfouissement est une protection, le complément salutaire d’une thérapie. Elle veut sortir de son état végétatif mais elle ne sait pas encore que ce sera très long. Elle restera allongée près d’un an, ensuite, un fauteuil roulant pendant quelques mois et puis les béquilles le temps qu’il faudra pour se réadapter … un parcours du combattant, mais c’est une battante, elle voudra gagner, vaincre et récupérer ce que la vie lui a pris… Elle y arrivera.

 

* * * * * * *

 

Eux

 

                 À partir de 13h, la chorégraphie bistrotière des départs se met en place.
Voici que la table 4 se lève, dépose au comptoir leurs tickets restaurant et les dernières grossièretés en guise de pourboires et sortent en rotant les ultimes niaiseries qu’ils arborent comme décorations. Les places vacantes sont aussitôt débarrassées pour permettre aux suivants de s’installer.

Après les travailleurs, c’est le tour des clients de passage, vacanciers, représentants de commerce sillonnant la région. L’ambiance se calme légèrement, les agitations spasmodiques et tumultueuses des vétérans de la grande circulation font place aux mastications empressées mais sans accompagnement d’outrances verbales.

 

* * * * * * *

 

Elle, un jour plus tôt

 

                 Ses béquilles, elle doit encore s’en servir sur les conseils du spécialiste car elle est toujours en équilibre instable. La conduite de la voiture ne lui pose aucun problème physique mais elle a beaucoup d’appréhension chaque fois qu’elle doit se déplacer.

Une obsession est ancrée au plus profond de son être. Après avoir effectué des recherches avec l’aide de son avocat et en attendant le procès, elle a pris une décision qui devrait lui permettre de consolider son équilibre mental. Elle veut rencontrer une personne bien précise, mais elle n’a pas voulu en parler à ses docteurs ni à son psy de peur qu’ils ne l’influencent pour ne pas réaliser cette volonté farouche.

 

* * * * * * *

 

Félicie

 

                 Elle prend son porte-monnaie.

Sans un signe de sa part, la note est déposée devant elle à 13h20.

Le rituel se perpétue depuis de nombreux mois.

Elle ne répond jamais au sourire du serveur.

 

Elle dépose dans une boîte hermétique la part de tarte, elle  récupère les restes de son pain et les met dans la serviette en papier, la plie soigneusement et range le tout dans son sac à main.

C’est le départ, elle se lève et se dirige vers la porte, emportant ses parts de mystère.

 

* * * * * * *

 

Elle

 

                 Son regard se fixe intensément sur le serveur qui virevolte entre les tables dans un manège incessant et dont la légèreté détonne avec la lourdeur de l’ambiance des appétits carnassiers et féroces. Elle fait signe et demande à parler au responsable.

«    Madame …

-     Je vais vous dire pourquoi je suis venue. »

Et la voici qui se lance dans tout le descriptif de son accident avec le chauffard qui sortait de l’établissement un peu avant sa « rencontre » avec son véhicule. Elle raconte ses conditions physiques végétatives, allongée pendant un an, puis sa très lente remontée, sa rééducation et la volonté farouche de venir dans le restaurant où avait été servi le « dernier verre ».

   

«     Madame, je … 

-    Non, ne dites rien, il est trop tard pour des regrets… Le mal est fait ; il ne peut y avoir retour vers le passé pour éliminer les erreurs commises.                              .
Je suis venue la peur au ventre, toutes mes souffrances ont ressurgi mais je crois qu’il le fallait. Je voulais absolument voir l’endroit où le chauffeur qui m’a percuté sur cette route avait pris le dernier verre. Il est responsable, mais vous aussi, même si vous n’étiez que pour peu de chose, le temps de servir ce putain de dernier verre … Vous êtes malgré tout la cause première de mon handicap.

J’espère que vous prenez conscience de ce que vous avez fait en servant trop d’alcool à ce client ...                                                                                                                      .
J’observe depuis que je suis arrivée tous ces gens qui ont leur camion sur votre parking et je vois tout ce qu’ils boivent avant de reprendre la route. C’est scandaleux et inadmissible. » …

Elle s’arrête brusquement, se rendant compte que le « sermon » qu’elle vient de lancer à la face de son interlocuteur a peu de chance d’être écouté, et puis … C’est une personne sur des dizaines de milliers en France. Elle éprouve malgré tout un grand soulagement…

Un silence pesant s’installe entre eux deux.

 

«    Combien je vous dois ? 

-     C’est pour moi…

-     Non, je tiens à payer.  Je ne veux rien vous devoir … Rien de plus !… »

Elle pose la monnaie, se lève péniblement en récupérant ses béquilles, sort sans se retourner et retrouve sa voiture sur le parking désencombré de ses poids lourds.   

 

* * * * * * *

 

Félicie

 

                 Sur le banc du square, elle s’évade à nouveau en distribuant les miettes de pain aux pigeons. Elle n’entend pas la marmaille sonore s’élançant dans le jardin d’enfants qui jouxte le territoire des volatiles. Elle pense à son fils, elle n’a que lui dans la tête depuis un an et demi. Lui, qu’elle n’a pas revu, quelle ne veut plus revoir depuis qu’il a eu son accident sur la départementale qui longe la commune. Elle ne lui pardonnera jamais d’avoir brisé des vies à cause d’un taux d’alcoolémie de 2,26 mg/l.

Elle se rappelle très bien la date … c’était le jour où elle devait recevoir des soins pour une phlébite peu de temps après son emménagement dans le village. L’infirmière prévue n’est jamais venue. Sa remplaçante lui avait expliquée qu’elle avait eu des problèmes familiaux …

 

… Depuis, aucune personne de la commune n’a découvert ni compris les larmes intérieures de la vieille dame. 

 

Bernard Pichardie
Marseille, août 2008

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