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série
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lettre(S) II
LE COURRIER
D’abord, il faut couper l’enveloppe.
Adroitement, sans à-coup, doucement mais fermement à la fois.
Et puis non, non, non et non…
COUPEZ !...
Ce n’est pas cela le début.
Il y a, avant tout, la découverte dans la boite aux lettres.
Parfois, elle est engloutie sous des prospectus de toutes sortes, encombrée de fadaises commerciales ou politiques…
Voilà, elle est là … Entre ses mains. Il la soupèse, la renifle, la tourne dans tous les sens. Il s’imprègne de sa substance avant l’ouverture.
« … Puis j’examine l’expéditeur…
S’il n’y a rien, l’envie s’évade. Sans trace de l’envoyeur, j’ai le sentiment de commettre une effraction. Pénétrer un courrier anonyme extérieurement me dérange énormément.
Le timbre à date me fournit parfois un indice supplémentaire.
Il y a ceux qui savent que je fais une collection… Et puis il y a les autres qui collent un timbre banal, sans saveur, sans couleur, fade comme une purée en sachet… Mais il y a pire ! … Les lettres pré-timbrées. L’affranchissement à la machine, pour une lettre postée dans l’urgence ou trop lourde… »
Il finit par se décider. Il prend un couteau de cuisine, surtout pas de coupe-papier. Un couteau bien aiguisé procure un travail soigné, parfait, sans bavure.
Voilà, il peut extraire la ou les feuilles qui s’échappent avec délicatesse de leur prison de papier.
… … … … … …
( extrait de « lettre(S) », chapitre 3 )
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L’ENCRE
Mon encre n’est pas toujours sympathique, loin de là.
Je ne joue pas toujours la transparence, ni l’apparence. Les secrets, dans mon cachot bien caché, je les soulève de temps en temps. Mais il faut deviner.
Eh oui ! … Ce n’est pas facile de se livrer, de se délivrer, de perdre l’ivraie, d’ôter sa livrée d’apparat, d’appât rance.
Les jolies couleurs sont bien souvent superficielles…
Un arc-en-ciel éphémère, un feu d’artifice factice transporté par la factrice ou le facteur.
« L’encre sèche
La seiche perd l’encre
Moi aussi je perds l’encre
Sans me dessécher
Parfois je jette l’encre
Quand le sujet est bateau »
Mais si le sujet est tabou …
… … … … … …
( extrait de « lettre(S) », chapitre 7 )
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AU PIED DE LA LETTRE
Il aime l’écriture sauvage, indomptée, qui se pavane en toute liberté, échappée de brouillons qui bouillonnent, remplie de vers déliés.
Avec des hauts et des bas, des débats, des haut-le-corps, des corps au fond des déboires.
Il aime l’écriture éclatante de mille joies, de mille combats, de mille détresses, de mille tendresses, celle qui s’élance dans la jungle des phrases.
Les mots émaillent sa vie, vie de jeux de mots, des émaux flamboyants…
… … … … … …
( extrait de « lettre(S) », chapitre 12 )
Bernard Pichardie
à suivre ...
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