COMMENT TE DIRE « JE T’AIME »
À Marie-Véronique
…Moi je t’offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas…
Jacques Brel
Marseille, mars 2000
Fin de la lettre du jeudi 27 janvier
… Dans mon cœur tu es le frère que je n’ai jamais eu, l’ami-amant rêvé, le prince romantique espéré et mon petit clown passionné
je t’embrasse très fort
à bientôt
Marie
* * *
Comment te dire « je t’aime » ?
Comment te dire « je t’aime » sans être banal, sans la fadeur habituelle des petits mots futiles qui défilent en pointillés, des petits mots accrochés à l’espoir de te voir saisir ces marques de tendresse lancées dans ta direction.
Non, je n’irai pas te décrocher la lune, je n’irai pas me brûler les yeux sur des soleils pour te rapporter quelques parcelles de leurs rayons, je n’irai pas voguer vers d’autres eaux plus limpides à la recherche de la mémoire des hippocampes pour t’apporter des instants de bonheur en guise d’offrande.
Ce ne sont que des idées de poètes en déperdition. Mais j’ai la volonté farouche de vouloir te surprendre au creux de ta vie et de faire vibrer au plus profond de toi ces envies égarées dans la torpeur du quotidien.
Je cherche à déposer au pas de ta porte un présent lumineux qui accompagnera tes gestes, tes émois, tes rêveries, tes colères, tes joies, tes détresses, tes pleurs et tes rires.
Ce cadeau sera là, non pas pour te protéger ni pour t’envahir mais pour t’étonner et t’éviter de longer un parcours où la brume envahissante se mêle à la pénombre du stress.
* * *
Comment te dire « je t’aime » ?
En t’envoyant des bouquets de fleurs multicolores. Ah non ! … J’ai horreur de donner une existence éphémère qui se fane au bout de quelques jours et risque, en plus, de provoquer des piqûres de guêpes et de frelons en balade ou des allergies polliniques dont, statistiquement parlant, la fréquence s’élève à la vitesse grand V ! …
Il y a bien sûr la plante verte luxuriante dans un immense pot. Le cadeau serait bien vivant, mais j’imagine ton chien pissant sur le terreau la nuit où tu as oublié de le sortir avant le coucher. Rien que d’y penser, cela me donne mal au cœur ! …
Des fleurs, des plantes ! … Alors là, franchement, je m’enfonce dans la banalité la plus déconcertante… Pourquoi pas cinq kilos de chocolats, un abonnement de deux ans à Femme Actuelle ou l’intégrale des œuvres de Marcel Proust reliée en faux simili cuir. Je dois trouver beaucoup mieux, un gros effort de réflexion s’impose.
* * *
Comment te dire « je t’aime » ?
En t’écrivant de jolies poésies peut-être. Encore une fois, cela n’est pas très original, à moins d’essayer de vagabonder avec ma plume sur tous ces chemins parallèles inexplorés et d’y trouver des idées neuves. Bonjour la prise de tête ! … Cela donne des trucs dans ce style
… J’aime plonger
Dans tes yeux
Tu fais la planche
À mes côtés
Tu coules
Je te réanime…
Ou bien
… Si tu as du sable
Sous tes pieds
Et l’odeur des embruns
Dans ta tête
Je me ferai dune
Pour rester à tes côtés…
Ou encore
… La violence de tes désirs
Égratigne ma peau
En mille cicatrices
Le bonheur se soigne
Il ne se guérit pas…
Enfin, tu vois que ce n’est vraiment pas de la tarte pour te surprendre. Les cachets d’aspirine défilent dans mon verre et le résultat de mes cogitations reste à un niveau ne dépassant pas les pâquerettes ! …
Il faut que je trouve autre chose. Mais quoi ! … Tiens, si j’organisais un spectacle en louant un chapiteau pour une soirée. Je le fais installer sur la place à côté de chez toi. Je dépose dans ta boite aux lettres une invitation.
À la fin de la représentation, pour le dernier numéro, sur la piste j’apparais en clown, blanc de préférence pour que tu puisses me reconnaître facilement, et après quelques gags je te fais une déclaration enflammée… Bon, je me demande si tu apprécieras cet étalage devant des spectateurs ! … Et puis, la réalisation de ce genre de projet ce n’est quand même pas évident, surtout si je travaille sans filet ! … Trop de préparation … Quoique l’idée soit séduisante.
* * *
Comment te dire « je t’aime » ?
Plus facile à réaliser, la sérénade… Je propose à des copains musiciens de m’accompagner sur une ou deux chansons que je viendrai interpréter à ta fenêtre. Il y a quand même un petit problème… J’ai intérêt à prendre des cours de chant avant car ma voix est du style voix de garage ! … De plus, l’aubade sous le balcon, c’est quand même sacrement ringard…
Cela me fait penser à un de mes textes de chanson où je dis
Il faudra peut-être
Comme je suis timbré
Doucement me glisser
Dans une grande lettre
Et te l’envoyer
Je nage dans le fantastique ! … Eh oh ! … Arrête donc de rêver ! … Bientôt, je vais voir des martiens, des elfes et des farfadets danser la gigue dans les rues de Béthune ! … Non ! … Je ne peux pas me glisser dans une lettre. Mais dans un très grand colis, oui ! …
Je te le fais livrer et quand tu commences à l’ouvrir, je bondis de la boite et te sers dans mes bras. Quel romantisme ! … Oui mais tu risques de t’évanouir de frayeur. Et moi qui suis légèrement claustrophobe, vais-je tenir le coup dans cet espace restreint. Bien sûr, avec une de ces préparations psychologiques importantes, je peux y arriver. Mais si tu n’es pas là à la livraison, combien de temps vais-je rester enfermé ? Plusieurs jours peut-être… Non, c’est trop compliqué à gérer.
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Comment te dire « je t’aime » ?
Ça y est ! … J’ai une super idée, pour créer l’événement et attirer ton attention, je vais faire un braquage… Ben oui, un braquage de banque ! … Une petite banque prés de chez toi. Sans prendre trop de risques. Sans agressivité excessive pour ne pas me faire flinguer ! … Y’a des limites à ne pas dépasser… Mais il faut un minimum, que la police me mette les menottes et que les télés soient là. Devant les caméras je pousserai mon cri.
« C’est pour toi que j’ai fait cela… Je t’aime Marie ! … Marie je t’aime ! … ».
Oui, cela me paraît assez spectaculaire. Je suis certain de ton étonnement…
Décidément, je me fourre le doigt dans l’œil ! … J’imagine maintenant des complications auxquelles je n’avais pas pensées. Toi, tu risques d’être inquiétée, interrogée, perquisitionnée… Et moi, en prison j’aurai l’air de quoi, hein ! …
D’un con ! …
Oui, d’un con qui ne sait pas quoi faire.
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Comment te dire « je t’aime » ?
Comment te dire « je t’aime » ? Je veux jouer l’effet de surprise. Tu comprends cela, te surprendre. Mais comment te surprendre de la plus belle manière qui soit ? … Je ne trouve pas la solution à ce genre de problème…
Allô ! … Les Éditions « É dit T » ? … Bonjour, je viens d’écrire une nouvelle nouvelle. Elle s’intitule
« Comment te dire « je t’aime » ? »
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Extraits de la lettre du jeudi 3 février
« … J’ai vu Albert et lui ai dit tout ce qui s’est passé entre toi et moi…
… Je ne connais pas demain, j’essaie encore de partager un bout de chemin avec lui… »
Sacrée surprise ! …
Bernard Pichardie
nouvelle du recueil
« Nouvelles FraÎches »
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