VOITURE 05 PLACE 12
CÔTÉ FENÊTRE
COMPARTIMENT NON FUMEUR
Le voyageur se dit parfois
Arriverai-je un jour chez moi
Mon âme est-elle planétaire
Il n’est jour, semaine ni mois
Qui ne me fasse sédentaire
Le voyageur ne s’en va guère
Le voyageur ne s’en va pas
Gilles Vigneault
Entre Marseille et Bordeaux, 0ctobre 2002
Il a dix minutes de retard on va louper notre correspondance à Bordeaux qu’il dit.
Il, c’est le vieux monsieur.
Elle, elle ne dit rien comme d’habitude.
Elle laisse dire.
Le train vient de repartir.
De TOULOUSE MATABIAU.
C’était écrit sur les panneaux du quai de la gare.
Certains somnolent.
Certains rêvassent.
Il y a des nuages qui défilent au-dessus du vert des branches frémissantes.
C’est ce qu’elle voit à travers la vitre.
Il fait froid, hein ? …
Une bribe de conversation s’échappe.
Quelques mots futiles.
Une odeur forte de camembert envahit l’espace.
Le jeune à casquette vient de sortir le fromage et le pain.
Tout le compartiment profite.
* * * * * * *
Dix minutes de retard on va pas y arriver.
Lui, il étale une deuxième couche de son angoisse.
Elle, elle n’écoute plus.
Une sonnerie caracole sur l’air de « j’ai le synthé qui me démange ».
Quelques paupières se soulèvent.
Le portable s’approche de l’oreille de l’étudiante en droit.
Oui on a dépassé Toulouse tu m’attendras à la gare non je n’ai pas mangé oui je t’aime à tout à l’heure.
Un bébé crie.
Un enfant pleure.
L’ambiance est assurée.
J’ai mon cholestérol qui a encore monté le docteur veut que je fasse des examens et des analyses moi j’en ai marre il va me dire de faire le régime.
La place 36 débite ses états d’âme et de santé.
Ralentissement en rase campagne.
Arrêt
Le haut-parleur crache ses recommandations.
* * * * * * *
On n’aura pas la correspondance à Bordeaux.
Lui, il est reparti pour un tour.
Tension à cru.
Elle, elle fait semblant de dormir, alors lui, il s’arrête.
Redémarrage.
Gros soupirs.
Accélération.
Quelques jambes se déplient et s’allongent sur des places libres.
Une échappée s’élance vers le wagon aux en-cas conditionnés.
Passage d’une gare égarée près d’une ville pavillonnaire.
La casquette a fini son repas odorant.
Le contrôleur passe.
Des mains se tendent, des billets s’agitent puis rejoignent leurs propriétaires, agrémentés de perforations intimes.
* * * * * * *
On va louper notre correspondance tu crois que le retard va diminuer ?
Lui, il marmonne entre ses dents.
Elle, elle n’en peut plus, elle ne répond pas, soulevant les épaules.
On dépasse des caravanes.
Puis on s’engouffre dans un tunnel.
Absorbant.
Absorbés dans des pensées sans conter.
Une petite lumière jaune signale l’occupation d’un lieu.
Une deuxième petite lumière du même jaune fadasse se joint à la première.
Les envies vont souvent par paires.
Des gouttelettes s’éparpillent sur les carreaux.
Des commentaires fusent.
Le temps n’est plus ce qu’il était pour un mois de mai c’est incroyable on se croirait en novembre les prix des légumes vont encore augmenter cet été.
Les têtes les plus anciennes dodelinent.
Des soupirs de lassitude saupoudrent la banalité des réflexions.
* * * * * * *
Je suis sûr qu’on n’aura pas la correspondance à Bordeaux.
Lui, il n’en finit plus avec son obsession.
Elle, elle lit son horoscope.
Soudain, un bruit effrayant.
Déraillement
Voici que le compartiment se froisse comme un accordéon.
Le son produit est bien différent.
Je vais louper ma correspondance.
Dit-il en mourant.
Elle, elle ne l’entend plus.
Bernard Pichardie
nouvelle du recueil
« Nouvelles FraÎches »
LA DAME DE LA CAFÉT
…Ces deux corps se séparent
Et en se séparant
Ces deux corps se déchirent
Et je vous jure qu’ils crient…
Jacques Brel
Marseille, décembre 1999
« Non ! J’veux pas qu’ tu meures ! …
- Mais moi, sans toi je ne peux pas vivre. Tu es ma vie, je te respire, je te dévore, je t’envahis pour mieux renaître à chaque fois. Tu es ma source, mes béquilles, ma chaleur, mon bonheur…
- Je sais, toi aussi tu es tout pour moi. J’ai aussi ton amour dans la peau… Je pars loin mais je vais trouver des solutions, je te le promets, la France n’est pas si grande que cela, tu verras, on se retrouvera, c’est promis, c’est juré ! …
- Si tu m’aimes, pourquoi tu pars, alors ?
- J’ai une femme, des enfants, je veux les préserver… Tu comprends cela au moins ? Pour mon travail, on me propose ce poste, je ne peux pas le refuser… J’aurais la possibilité de venir, j’aurais des réunions, des séminaires qui me permettront de me rapprocher de toi.
- Tu dis cela maintenant mais j’ai tellement peur que tout se brise avec la distance, notre histoire est si belle, si pure, si merveilleuse… Dis, tu ne peux pas me faire ça ! …
- Écoute, je t’aime comme un fou, je te le dis et le redis sans cesse mais j’ai aussi mon autre vie ; mes enfants, je ne peux pas les gommer de mon existence, j’ai besoin d’eux aussi.
- Mais moi, j’ai besoin de toi… Si tu pars, je me suicide ! …
- Arrête ! … Tu me l’as déjà dit tout à l’heure. Nous avons encore de la tendresse à vivre ensemble. Nous nous verrons le plus souvent possible. Pense à ce que nous éprouvons actuellement, toujours nous cacher pour nous aimer. Confinée dans cet espace restreint, notre passion s’étouffe. Je ne serais plus dans cette ville, nous nous retrouverons pour exposer notre amour au grand jour loin de ma famille… Il faut essayer, il faut y croire…
- Tu parles comme un lâche. Ah oui ! … Tu auras le beau rôle. Tu auras ton petit confort, ta petite maison, ton petit jardin… Tu verras grandir les tiens dans une région que tu ne connais même pas et de temps en temps, tu viendras me voir, moi, ta maîtresse pour te changer les idées, pour te dépayser un petit moment. Tu crois que c’est cela l’amour ? … Tu n’as jamais voulu divorcer, trouvant toujours des excuses ; tu as besoin de ton bien-être, de ta sécurité, de ta tranquillité … Et tu dis que tu m’aimes… Tu crois que l’amour, c’est ménager la chèvre et le chou en permanence ! …
- Je comprends ta réaction, je sais parfaitement que cela va être dur, très dur même, mais pour moi aussi. Si j’étais vraiment égoïste, je te dirai que je te plaque ! … Mais non, je veux sauver les sentiments profonds qui nous unissent. Je ferais tout ce que je peux pour être près de toi… Laisse-moi un peu de temps. Je vais m’organiser…
- S’il te plaît, fais un effort d’imagination ! … Pense à ce que je vais devenir loin de ton corps, loin de ta peau.
- J’y ai déjà pensé, figure-toi ! … Je ne veux pas t’abandonner. Il faut que tu sois forte et nous allons y arriver…
- Ah oui, moi je dois être forte ! … Mais je suis trop tendre, trop douce, trop faible, trop soumise. Trop, trop, trop ! … Notre vie, ce n’est pas du cinéma, ce n’est pas un roman de hall de gare ; ma vie, elle est là, elle palpite, elle vibre, elle est aérienne à tes cotés…
- Mon amour, Lyon, ce n’est pas le bout du monde ! …
- Ce n’est pas le bout du monde, non, bien sur. Et Béthune, c’est quoi pour toi, hein ? … C’est le trou du cul du monde, hein ! Dis-moi ? !… »
* * *
C’est l’heure de pointe à la cafétéria. Les gens s’engouffrent, pressés. La pause de midi ne laisse pas beaucoup de temps pour manger. Il faut faire vite, choisir un plat sans grande conviction, le regard rivé sur les étiquettes. Quelques gestes saccadés, petite bousculade, la tête ailleurs. Le moment du repas, ce n’est pas le farniente ! … Pas de possibilité de rêver avec ce bruit incessant tout autour. Et la musique, est-ce de la musique ? … Insipide, débitée en tranches de trois minutes, rythmée pour permettre l’accélération de la mastication. La machine alimentaire est en marche ; elle est bien huilée, elle tourne au maximum malgré d’infimes défaillances quand quelques personnes restent debout, le plateau à la main, à la recherche d’une place libre.
Et dans tout ce brouhaha, elle rêve. Elle rêve tout en tapant d’un geste machinal sur les touches de la caisse enregistreuse. Elle ne regarde pas les clients. Les clients le lui rendent bien. On n’est pas là pour se faire des politesses. Elle est là pour gagner sa croûte. Elle n’est pas dans son assiette… Un jeton pour le café, un ! … Merde, celui-ci vient de rouler sous sa chaise. Elle doit se lever, le récupérer, se remettre à sa place, s’excuser… Déjà, des soupirs d’agacement s’échappent de la file.
C’est le quotidien poisseux d’une caissière qui se dévide. Dans le mouvement accéléré de son travail à la chaîne, sa vie intérieure est au ralenti, engluée, incertaine. Sa vie, la vraie, elle est ailleurs, loin d’ici ; elle est tournée vers celui qu’elle aime plus que tout, celui qui s’est évadé, qui est parti voguer vers d’autres eaux, qu’elle attend toujours. Ses pensées se concentrent vers cet amant aux yeux si doux qui lui a câlinée l’âme, qui s’est incrusté dans sa peau. Mais son absence est une plaie béante d’où s’échappent des torrents d’amertume. Collée à son siège, elle distingue le ballet incessant de ses doigts martelant frénétiquement les touches pour enregistrer les plats posés sur les plateaux. Ils s’activent pour prendre les billets, rendre la monnaie. Le petit sourire factice qu’elle offre aux clients s’immobilise parfois sur la tête d’un enfant ou d’un bébé, puis s’évapore soudainement. Elle pense, elle pense… Elle pense à l’homme qu’elle aime. Elle se rappelle le début de leur histoire…
* * *
« Excusez-moi, je peux me mettre à votre table ? Il n’y a plus une place de libre.
- Oui, bien sûr…
- Merci… Vous travaillez ici ?
- Oui… Vous venez souvent, je vous vois prendre toujours le même plat… Vous aimez beaucoup les andouillettes…
- Ah ! Euh, ben oui… Ma femme les a en horreur, alors je me rattrape ici ! … C’est pas marrant le métier de caissière, hein ? …
- Pas trop, non ; pas le temps de discuter, faut toujours aller vite sauf au début du service, vers 11 heures.
- Moi, je viens plus tard.
- Je sais.
- Ah bon… Mais… Vous surveillez les habitudes de ceux qui viennent manger !
- Euh, non, pas vraiment, cela se fait machinalement…
- Je vous offre un café ?
- Non, je ne le paye pas ! …C’est moi qui vous l’offre.
- Merci…
- J’aime beaucoup vos yeux ! …
- Euh… Merci… là, je me sens gêné…
- Désolée, je suis désolée ; depuis quelques mois, je vous observe… Et vos yeux m’ont toujours fascinée…
- Et bien, dites donc, d’habitude, c’est plutôt l’homme qui drague la femme ! …
- D’habitude, ce n’est pas moi qui drague les hommes ! … Le temps de ma pause est fini…
- Si vous voulez, on peut se revoir, vous me reparlerez de mes yeux… Et un peu de vous aussi ! …
- Je me sens gênée tout à coup… Je ne sais pas ce qui m’a pris de dire cela… Allez, n’en parlons plus ! …
- Trop tard, vous avez fait le premier pas, je fais le suivant. On se revoit quand ?
- Je finis à 17 heures.
- Je vous attendrai…
- Oui, d’accord… Merci ! … »
* * *
Petite rencontre banale qui s’est faite comme cela, par hasard… Enfin, presque… le hasard a bien souvent bon dos ! … Quelques mots échangés et une histoire démarre. Un lien se crée, un lien secret qui commence à se dérouler au creux de l’inconscience. Une petite araignée d’espoir tisse sa toile et les sentiments vont s’y accrocher, s’y entremêler, puis se renforcer ou s’émietter. Un peu de rose aux joues, plusieurs gouttes de sueur, une saveur nouvelle, d’étranges palpitations et la Belle Aventure s’élance. Elle laisse des traces qui s’épanouissent ou …s’évanouissent.
* * *
« Ah, voici ma belle dragueuse ! …
- Dites donc, n’exagérez pas, quand même ! …
- Bon, je vais essayer d’être sérieux ; on va prendre un verre ?
- C’est d’une banalité ! …
- Oui, effectivement, alors choisissez…
- Allons à la ducasse ! …
- À la ducasse ?
- Eh oui.
- O.K.
- Vous aimez monter sur les manèges ?
- Euh, je ne sais pas, je ne l’ai plus fait depuis bien longtemps.
- Alors, vous n’y mettez jamais les pieds ?
- Ben, si, j’y emmène mes enfants.
- Quel âge ont-ils ?
- Huit et cinq ans.
- Ils sont bien petits.
- Vous trouvez… Moi je les vois grandir trop vite…
- Et votre femme ?
- Je ne la vois plus grandir ! …
- Vous êtes idiot ou vous essayez de faire de l’humour…
- Un peu les deux ! …
- Bientôt, vous allez finir par me faire rire.
- Super ! …
- Ça ne vous gêne pas que nous parlions de votre femme et de vos enfants ?
- Non.
- Tant mieux…
- Que voulez-vous savoir d’autre ?
- Vous aimez votre femme ?
- Euh, peut-être.
- Vous n’êtes pas sûr ?
- De moins en moins.
- Elle vous trompe ?
- Détrompez-vous…
- Ah ! … Il me plaît, ce jeu de mots.
- Je ne l’ai pas fait exprès.
- C’est encore mieux comme ça.
- D’autres questions, madame la détective privée ! …
- Pas pour l’instant, vous pouvez vous asseoir, la parole est à la défense ! …
- Vous n’êtes jamais sérieuse ?
- Non… À votre tour de m’interroger…
- Vous vivez seule ?
- Encore une banalité comme celle-ci et je vous laisse…
- J’ai envie d’en dire une autre.
- Je l’accepte, mais c’est la dernière.
- Je vous trouve belle.
- Votre dernière chance est épuisée. Maintenant, je veux de votre part un peu d’originalité.
- J’ai peur de vous décevoir ! …
- Essayez quand même.
- Après le manège, je vous invite chez moi.
- Et votre famille ?
- Elle est au Touquet.
- Alors, le manège, ce sera pour un autre jour !
- Bingo ! … »
* * *
Elle a fini sa journée. Vite, elle passe au vestiaire, récupère son manteau et se précipite pour retrouver la chambre où elle se réfugie pour colmater ses plaies. Trois ans, trois ans qu’il est parti. Depuis, ils se sont vus chaque année pendant une semaine, sept petits jours, pas un de plus. Elle survit grâce à cela. Elle se nourrit le cœur de cette semaine annuelle.
Sur le calendrier mural où elle décompte les jours, une nouvelle petite croix vient se rajouter à toutes les autres… Encore quatre, encore quatre, encore quatre. Comme un leitmotiv lancinant. Dans quatre jours, elle sera dans ses bras. Ses yeux parcourent la dernière lettre toute fripée. Dans quatre jours, elle aura sa semaine de vrai bonheur pour habiller ses souvenirs pendant un an.
Le grand jour est pour demain.
Un message au répondeur.
« J’ai voulu te joindre à la Cafét. C’était toujours occupé. Je suis désolé, à mon travail, nous avons des problèmes informatiques, je ne peux pas prendre ma semaine… Je te rappellerai. Je t’aime… »
À Marie-Françoise
Bernard
Pichardie
nouvelle du recueil
« Nouvelles FraÎches »
Et fait sauter ses foules
Voici finalement
Le grand le grand
Voici finalement
Le grand chambardement
Guy BÉART
DÉCONNEXIONS
Un quai de gare désaffectée, un vieux bistrot comme seul radeau vers le futur en rade. Ils crachent leur peur dans l’ultime décor englué sous un soleil ressemblant à la mort. À côté, les murmures d’un terrain vague s’échappent en fines complaintes et se déposent sur un mur couvert de tags.
Et sur ces tags…
Changement de décor
Il ajuste sa cravate, prend sa mallette, dépose une bise sans grande conviction sur le front de Marianne, l’épouse blasée et soumise. Il ouvre la porte de l’entrée d’un geste machinal, polycopié à l’infini depuis tant d’années. Il fait trois pas et se retourne pour lui lancer un sourire figé, dernière offrande, dernier témoignage d’un semblant de tendresse vers son cœur laissé en jachère depuis bien longtemps.
Avec son permis et toutes ses cartes bancaires, il a posé une lettre sur la table de nuit.
Juste quelques mots : « je vous aime tous les trois mais je n’en peux plus, je change de monde »
Il a tout laissé, ils ne manqueront de rien. Chloé termine ses études l’année prochaine, elle pourra s’occuper de la société avec Marianne, la maman trop douce. Et Gaëtan est un artiste qui commence à se faire un répertoire d’enfer…
Il vient de tourner le coin de la rue, il enlève sa cravate, jette sa mallette et récupère dans un buisson le grand sac où il a fourré un peu de linge, quelques toiles vierges et son matériel de peinture…
… De survie.
Il longe une palissade revêtue de tags.
Et sur ces tags…
Tout près, dans un ailleurs
Elle garde toujours ce sourire pur et cette grâce féline qui fait se retourner les hommes sur elle.
Elle, elle est vibrante, elle est magique, elle est soyeuse. Mais elle s’évapore en jouant la diva et se tisse un habit de couleurs ; elle se construit un bonheur factice en rêvant dans les étoiles. Elle sent qu’elle s’étiole, qu’elle se rétrécit. Elle sait que ce n’est pas le paradis autour d’elle, alors parfois elle s’enfuit en restant là. Son cœur carambole, elle veut partir d’ici pour suivre ses désirs fous mais le courage lui fait faux bond.
Elle aimerait que quelqu’un lui pimente la vie. Elle se trouve délavée par des amours sans conséquence, des amours sans importance.
Elle se terre en mélancolie en restant indifférente au monde qui l’entoure et ne pose plus son regard sur le gris de l’Histoire mais dans sa glace qui lui permet de croire à ses illusions faciles, fragiles.
Elle se cache derrière son fard pour oublier ses manques… Elle n’a pas de marmaille à déposer sur son ventre, pas de petit à suspendre sur sa peau…
Son corps ne portera pas la vie.
Dans son impasse, elle devine les panneaux d’affichage ornés de tags.
Et sur ces tags…
Dans une ville pareille aux autres
Un robhomme dans la mitraille d’un boulevard se précipite vers son building où il va retrouver sa bulle. Le parking climatisé le happe avant que des errants s’accrochent à lui pour implorer, quémander et lui prélever quelques menues monnaies.
L’ascenseur le propulse au septième étage. Il passe le diffuseur de désinfectant antivirus et s’installe devant son clavier. Puis il tire machinalement des plans sur des plannings en sifflotant des airs anciens.
Pas loin de là, dans les gravats du centre ville, des rescapés vocifèrent sous un crachin de météores. Des bandes désorganisées se livrent à des pillages ; ils n’ont plus rien à gagner, ils n’ont donc plus rien à perdre.
Des milices d’agitateurs professionnels commanditées par le Pouvoir en place sévissent pour permettre des représailles ciblées.
Lui, il n’entend rien dans son cocon, il repense à ces panneaux d’affichage des dernières élections qu’il a aperçus avant de rentrer. Ils étaient tous affublés de tags.
Et sur ces tags…
« …et sur ces tags,
un bout de soleil aux mille couleurs
pour des enfants qui veulent vivre
le vrai bonheur… »
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ALLONGÉ À L’OMBRE D'UN TILLEUL
« …et sur ces tags,
un bout de soleil aux mille couleurs
pour des enfants qui veulent vivre
le vrai bonheur… »
Allongé à l’ombre d’un tilleul, il fredonne sa chanson, accompagné du tendre bruissement des feuilles. Il dépose sur un petit carnet ses pensées, ses rêves familiers qui s’enchevêtrent. Son monde est au bout de sa plume. Une éclaboussure d’utopie, un jardin suspendu au-dessus d’une poussière d’illusion, une oasis de tendresse et de partages.
Il connaît la souffrance des autres, il connaît leur silence. Leurs blessures, leurs cassures, leurs déchirures. Il sait que tout est à reconstruire, tout est à redécouvrir. Mais où se trouve le chemin de la renaissance ? Lui-même est en recherche. Il est resté bien longtemps au bord du gouffre.
Il commence à comprendre… Il ira jusqu’au bout.
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RECONNEXIONS
Les « Samouraïs de l’Apocalypse »
Les voici qui se soulèvent, les traits résignés. Ils ont les yeux vides, leurs visages au teint blafard portent les stigmates des nuits de veille. Leurs galas et leurs galères, les nuits sans fin, les fins de nuit à vouloir refaire le monde avant que leur monde ne disparaisse. Ils ont perdu le sens de la réalité après les illusions, après les désillusions, après la déconnexion…
Depuis que le soleil a disparu, laissant la place à d’étranges lueurs halogènes, programmées, élaborées dans les laboratoires expérimentaux de l’Empire Terrien, ils survivent sans grande conviction.
Mais aujourd’hui, ils ont reçu un appel. « Le soleil est en vous, si vous voulez revenir au monde, si vous voulez reconstruire un monde, faites briller votre soleil intérieur. »
Le fugitif
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